Promotion et intégration du développement durable


Les ressources forestières

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Caractéristiques générales

 


Une forêt est un territoire occupant une superficie d’au moins 50 ares (5.000 m2) avec des arbres capables d’atteindre une hauteur supérieure à cinq mètres à maturité in situ, un couvert arboré de plus de 10 % et une largeur moyenne d’au moins 20 mètres (IGN, 2016). La forêt remplit, et de façon prépondérante en Corse, de nombreuses fonctions essentielles : production sylvicole, protection du milieu (sol, eau, paysages, etc.) et des ressources naturelles, maintien de la biodiversité (la sittelle corse est strictement endémique des résineux de montagne), accueil d’activités récréatives et sportives, etc. Très présente dans le paysage, elle contribue par ailleurs à la renommée de nombreux sites (" grands cols ", vallée de la Restonica, calanche de Piana, etc.).

Dans les forêts publiques relevant du régime forestier, qu’elles soient territoriales (ex-domaniales), communales ou départementale, les conditions d’une gestion durable sont réunies (gestion planifiée dans un document de gestion durable, l’aménagement forestier), ce qui garantit la ressource future et permet une récolte optimale si les conditions d’organisation et de marché venaient à se consolider (meilleure valorisation de la ressource en bois par la mobilisation et la transformation des bois d’oeuvre résineux et le développement de la filière bois énergie).

Il n’en est pas de même dans les forêts privées en raison de la perte de traditions sylvicoles et de différents problèmes d’ordre structurel (désorganisation foncière, carence des équipements notamment en matière de desserte, incendies, etc.) limitant fortement les possibilités de gestion. Pour autant, qu’il s’agisse des forêts de chêne vert exploitées pour le bois de feu, de la suberaie pour le liège ou du taillis de châtaignier pour les piquets ou pour le bois d’oeuvre, la promotion d’une mise en valeur raisonnée et respectueuse de l’environnement trouve amplement sa justification.

L’ensemble des formations forestières (privées et publiques) occupent plus de la moitié du territoire insulaire, soit 526.000 ha (± 23. 000 ha / campagne IGN 2010-2014, (Informations actualisées disponibles sur le site de l’IGN, inventaire forestier national : http://inventaire-forestier.ign.fr/). Le taux moyen de boisement de 57 %, classe la Corse comme la région de métropole, et aussi l’île de Méditerranée, la plus boisée.  Largement supérieur à celui de la France continentale (29 %), il est, en partie, dû au maquis arborescent (arbousier pouvant atteindre 5 m de hauteur) qui, en l’absence d’intervention humaine et en dépit du feu, évolue progressivement vers des forêts et contribue ainsi à une augmentation régulière de la surface forestière.

La couverture sylvestre est très diverse : le taux de boisement par petite région forestière varie dans une proportion de 1 à 2 (32% en Balagne, 64% en Castagniccia), en fonction notamment de l’importance des activités humaines anciennes (défrichements agricoles) et de la fréquence des incendies (en diminution depuis une dizaine d’années).

La conjonction de l’insularité, du climat, de la géologie et du relief confère aux forêts de Corse une grande diversité biologique et écologique. Typiquement méditerranéennes sur le littoral et à basse altitude, avec une prédominance des essences feuillues sempervirentes (toujours vertes), elles acquièrent un caractère montagnard dans les étages plus alticoles, royaume des résineux et des feuillus à feuillage caduque. Les feuillus occupent 80 % de la forêt de production, par ordre décroissant chêne vert, châtaignier, hêtre, chêne liège, etc.

 

 

 

 

Forêt publique et forêt privée

Volumes de bois vendus issus des forêts relevant du

régime forestier.
Source : ONF

 

La forêt privée est principalement composée d’essences feuillues, dont les plus représentatives sont le chêne vert, le chêne-liège et le châtaignier. Elle représente les trois quarts de la ressource forestière potentielle destinée à alimenter surtout les filières bois de feu et liège. Elle est lourdement handicapée par les contraintes foncières régionales notamment l’absence de titres de propriétés (en Corse 47 % des biens ne sont pas titrés), l’indivision (70 % des biens sont portés au cadastre au nom de personnes nées avant 1900, Rapport commission de Bercy 2013), le morcellement de la propriété forestière privée et le nombre élevé de biens non délimités (nombre soixante fois supérieur à la moyenne nationalev 24). Cette situation génère une quasi-absence de gestion forestière. Seuls 1,5 % de la surface forestière privée dispose d’un document de gestion et 7,6 % des forêts de plus de 25 ha disposent d’un plan simple de gestion (PSG) pourtant obligatoire pour l’exploitation des bois.

La forêt publique, relevant du régime forestier (collectivités locales et publiques), présente sur les 22 % restants et pour sa majeure partie en moyenne et haute montagne, concentre l’essentiel de la ressource résineuse en pin laricio (86 % de la surface des peuplements de pin laricio de Corse) et en pin maritime (56 % de la surface des peuplements de pins maritimes), ainsi que celle en hêtre (74 % de la surface des peuplements de hêtres). La propriété forestière relevant du régime forestier est répartie entre la Collectivité territoriale de Corse (51.000 ha pour 32 forêts), les communes forestières (100.000 ha pour 162 communes) et le département de Corse-du-Sud (une forêt de 2 648ha).

Les formations boisées (privées et publiques) de production, au sens de l’IGN, représentent 400 000 ha (± 29 000) de la surface forestière insulaire.

La mobilisation de la ressource forestière est handicapée par la topographie, la dispersion des peuplements productifs et les contraintes foncières et organisationnelles. L’exploitabilité, telle que définie par l’IGN, est la plus faible des régions de métropole (trois fois inférieure à la moyenne pour la classe « facile »). Aussi, les volumes exploités ne représentent-ils qu’une faible part de l’accroissement biologique et les volumes sur pied ne cessent d’augmenter. 80 % des volumes sur pied sont considérés comme difficiles à exploiter, notamment en raison de l’altitude, et 30 % ont une distance de débardage (accès à une voie de communication) supérieure à un kilomètre.

La récolte de bois d’oeuvre, résineux pour l’essentiel, est réalisée à 90 % dans les forêts territoriales et les forêts communales relevant du régime forestier. Compte tenu de la situation des peuplements, de leurs caractéristiques intrinsèques et de leur exploitabilité, ceci correspond, en l’état des documents de gestion durable (aménagements forestiers en forêt publique), à environ à 50 000 m3/an. Sur la période 2013-2020, le volume prévisionnel annuel théorique disponible, pour les forêts publiques déjà aménagées, serait de l’ordre de 65 000 m3 toutes essences et qualités confondues.

Les ventes de bois ont connu des fluctuations sur la période 2005-2015. Une baisse sévère est observée depuis 2014 compte-tenu d’une demande très réduite des acteurs de la filière aval.

En forêt privée, la production annuelle de bois de chauffage est évaluée par l’Office de développement agricole et rural de la Corse à 50 000 m3 (dont 15.000 m3 exportés vers la Sardaigne, source ODARC 2006). Une part importante de cette production se fait de manière illégale, en témoignent le très faible nombre de documents de gestion agréés, l’absence de déclaration d’ouverture de chantiers forestiers auprès de la DIRECCTE et le faible nombre d’inscriptions d’exploitants forestiers au répertoire SIREN correspondant.

La quantité de liège récoltée était évaluée à 15.000 quintaux en 2006 et à 6.000 quintaux en 2015. La production annuelle de bois énergie se développe (notamment avec la société d’économie mixte « Corse Bois Énergie ») et représente 12 600 m3 de bois ronds essentiellement, transformés en plaquettes forestières pour l’alimentation de chaufferies (Source : ODARC 2006).

La filière forêt-bois


Selon l’INSEE, la filière « bois » insulaire était constituée en 2012 de 280 entreprises, en se limitant à celles exerçant à titre principal des activités liées au bois (exploitation forestière, scierie, fabrication de charpente, etc.). Elles employaient près de 700 personnes. Le tableau ci-dessous présente la répartition des structures suivant les différents segments d’activités :

 

  Coeur de la filière Périmètre partiel
Entreprises Effectif Entreprises Effectif
Filiere amont Sylviculture et exploitation forestière 137 198 - -
Sciage et travail du bois 110 178 3 99
Filiere aval Construction en bois  24 61 627 620
Fabrication de meubles et objets divers,
industrie du papier et du carton
 6 29 61 31
Commerce et transport 3 6 136 789
Total  280 472 827 1.539
Effectif non salarié   230    
Effectif total   702    

 

Alors que la Corse est le département le plus boisé (en proportion) de France, le poids de la filière bois y est limité : en 2012, seuls 0,6 % des entreprises et 0,5 % de la main d’oeuvre ressortent de cette filière, soit deux fois moins que la moyenne française. Les caractéristiques forestières déjà décrites expliquent ce phénomène, qui s’explique aussi par la faible industrialisation. L’Office national des forêts (ONF) est le principal employeur dans la filière, avec plus d’un quart des effectifs. Si son rôle consiste à gérer la forêt publique et l’approvisionnement en bois issu de celle-ci, il convient aussi de noter ses actions en matière de protection de l’environnement et d’accueil du public.

La filière « bois » corse est majoritairement composée de micro-structures, avec trois quarts des établissements qui n’ont pas de salarié. L’implantation est plus forte dans les cinq cantons autour d’Ajaccio, et au sud de Bastia. La sylviculture et l’exploitation forestière, le sciage et le travail du bois représentent la très grande majorité de l’activité, près de 90 % de l’activité en nombre d’entreprises.

La filière châtaignier à bois est représentée exclusivement en Castagniccia. Elle mobilise environ 4 000 m3 de bois par an pour être transformés en bois de feu, piquet ou sciage.

La suberaie (forêt de chênes-lièges), sur laquelle reposait autrefois un secteur économique important, est aujourd’hui en grande partie délaissée par ses propriétaires faute de débouchés, même si sa surface augmente du fait de la dynamique naturelle. Elle est en partie menacée par l’urbanisation et l’abandon (dépérissements localisés…).

Débardage dans la forêt de Vizzavona
ONF, N. Pettini

 

Le plan de relance de la filière forêt-bois de Corse

Concomitamment à la signature à l’échelle nationale du contrat stratégique de filière en décembre 2014, l’État et la Collectivité territoriale de Corse se sont engagés dans la définition d’une stratégie territoriale de relance de la filière.

Ayant fait le constat d’une baisse d’activité et d’un faible développement des entreprises du secteur, l’ensemble des acteurs économiques et socioprofessionnels de la filière, ainsi que des élus, ont contribué tout au long de l’année 2015 à la définition d’une stratégie de relance pour une période de dix ans.
Cadre de référence et socle d’une politique régionale globale, cohérente et partagée, cette stratégie s’articule autour de quatre grands axes de développement :

  • développer la production par une gestion durable de la forêt ;
  • renforcer et moderniser le tissu des entreprises de la filière ;
  • valoriser, diversifier l’industrie du bois et innover en favorisant les solutions à plus forte valeur ajoutée ;
  • dynamiser, animer et conforter la filière.

L’assemblée de Corse a adopté, le 30 septembre 2016, les délibérations n° 16/211 et n° 16/212 approuvant respectivement la politique territoriale pour la forêt et le bois et la stratégie territoriale pour la filière forêt-bois de Corse.

La certification de gestion durable des forêts

La certification de gestion durable des forêts en Corse, portée par l’association Pan European Forest Certification (PEFC) Corsica (agrément en 2010 auprès de PEFC France), couvre 12 % des forêts de Corse, soit 58 606 ha de forêts publiques (essentiellement) et de forêts privées.

Trois entreprises locales d’exploitation et de transformation du bois se sont aussi engagées pour mettre en place des techniques d’exploitation respectueuses de la forêt (cahier des charges d’exploitation forestière PEFC) ainsi qu’un système de traçabilité du bois (chaîne de contrôle PEFC).

L’exploitation de la forêt et les risques naturels

Le feu constitue la principale menace pesant sur le patrimoine forestier insulaire. Même si les incendies se déclenchent prioritairement dans les milieux de type maquis, il existe des risques de débordement des grands incendies vers les milieux plus forestiers (exemple récent : feu de Valle Male, commune d’Aullene en juillet 2009 avec 3 221 ha dévastés). Une gestion durable permet de minimiser l’impact du feu sur les peuplements.

L’exploitation de la forêt et les espèces invasives

Un insecte ravageur, Matsucoccus feytaudi, apparu en Corse en 1994, représente également un risque important pour les peuplements de pin maritime. Les forêts de pin maritime couvrent en Corse une surface voisine de 32 000 ha et l’on peut légitimement s’inquiéter, sachant que cette cochenille, contre laquelle il n’existe pas de méthode de lutte efficace à basse altitude, a provoqué en quelques décennies le dépérissement de la pinède des Maures et de l’Esterel.

 

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